TYPOLOGIE DES ENONCES ENFANTINS ET VARIATIONS EN AGE ET SELON LES SECTEURS SCOLAIRES OU TYPES D'ELEVES DES TYPES D'ENONCES PRODUITS
Cette typologie est inspirée des travaux de Philipe Boisseau et notamment de l'ouvrage suivant "Cahiers de l'évaluation formative à l'école élémentaire. L'évaluation de l'expression orale. ministère de l'Education Nationale, Académie de Rouen Février 1986 Ph. boisseau, A. Raffestin. Elle a été simplifiée pour permettre aux maîtres une utilisation plus aisée. Certaines catégories d'énoncés n'apparaissent pas ici ou ont été synthétisée en une seule englobant plusieurs sous-catégories. On s'est intéressé aux énoncés les plus représentatifs des productions enfantines et représentant l'essentiel des interventions didactiques de la part des enseignants. On se reportera aux travaux de l'auteur pour une typologie complète
A) Enoncés simples
(C'est à dire ne comportant pas d'introducteurs de complexité.)
1) Déclarative simple : Le monsieur boit du lait. D'une manière générale, la déclarative simple, que les enseignants s'acharnent à obtenir alors qu'ils ne la produisent pas eux-mêmes spontanément à l'oral car appartenant plutôt à un registre de langue écrite, ne représente qu'une infime minorité des énoncés simples enfantins à l'oral : 2% en moyenne des énoncés simples seulement, de la MS section au CM2, sans progression significative du plus jeune âge à la fin du C3. On constate une évolution seulement à l'entrée au collège : 1% en MS, 4% seulement au CM2 ! 16% à l'entrée au collège, 4% seulement en SEGPA.
2) Enoncés simples dits "de base" (98% des énoncés produits par les enfants en moyenne jusqu'au CM2 ! ) apparaissant bien avant la déclarative simple et sur lesquels se construisent, selon Boisseau, les additions et complexifications, éventuellement les concentrations de ces formes de base en déclaratives simples :
Dans cette catégorie, on trouve tous les énoncés :
à pronom sujet (pas de substantifs) : i traverse la cour
à présentatifs : Y'a un monsieur, c'est une dame, c'est lui....
extractions : C'est/y'a un monsieur qui joue aux cartes. C'est cette dame qui est prof.
détachements du sujet : le monsieur, i boit du lait. i mange du pain le garçon. La cour, j'la traverse souvent. J'la regarde le matin, la télé. (Moi) mon père, i m'a donné une voiture.
Ces énoncés simples peuvent s'additionner entre eux par juxtaposition et/ou coordination : Mon père, i m'a donné une voiture et ma mère, elle m'a acheté un avion.
3) Tournures interrogatives : L'inversion verbe sujet, n'est, à l'oral , qu'un possibilité parmi bien d'autres. Elle n'est quasiment jamais employée spontanément dans une situation orale. Les tournures intermédiaires sont nombreuses. Quelques exemples : Il est dans la cour ? Est-ce que tu l'a vu ? Il est où ? C'est où qu'il est ? Où c'est qu'il est ? Où (est-ce) qu'il est ? Où il est ?
B) Enoncés annonçant l'emploi correct d'introducteurs de complexité
Enoncés complexes intermédiaires ou maladroits comportant ou non un introducteur de complexité ou expression implicite de la relation existant entre plusieurs parties du discours par simple juxtaposition ou coordination d'énoncés simples.
Ces énoncés sont des essais encore maladroits mais prometteurs préfigurant l'acquisition d'une syntaxe plus élaborée : "Le bûcheron i dit : la maison elle a brûlé" au lieu de "Le bûcheron (i ) raconte/dit que la maison (elle) a brûlé". "i lui dit : pars tout de suite" au lieu de " i lui dit qu'elle parte tout de suite" ou "il lui dit de partir."
Autres exemples pour les questions indirectes : "Il lui demande : tu caches quoi ?" ; "Il lui demande : qu'est-ce que tu caches ?" ; "Il lui demande (qu'est-) ce qu'elle cache ?" au lieu de "Il lui demande ce qu'elle cache", qui est obtenu par simple concentration de la phrase précédente (effacement de la partie entre parenthèses)
Autres exemples pour les énoncés exprimant la cause, la conséquence, la condition, la simultanéité, la circonstance : "Le poney s'est arrêté(et) (pi alors) Virginie est tombée." au lieu de "Virginie est tombée parce que le poney s'est arrêté." ou "Virginie est tombé quand/au moment où ..le cheval s'est arrêté."
2) Enoncés complexes c'est à dire comportant des introducteurs de complexité employés à peu près correctement. Se montrer tolérant avec des énoncés du type "J'aime bien le village où (c'est que) tu vas jouer" car ils vont se transformer facilement après reformulation de l'adulte et concentration par effacement de la partie entre parenthèses. Il ne s'agit pas dans ce cas d'un énoncé de base précurseur de la complexité mais bel et bien d'un énoncé complexe encore maladroit dans sa forme. Il représente une évolution intéressante par rapport à "J'aime bien ce village. Tu sais ...tu vas jouer là-bas. "
Pour l'analyse des énoncés complexes, les cas suivants peuvent apparaître, du plus simple au plus élaboré :
un seul énoncé complexe avec un seul enchâssement, cet enchâssement pouvant être construit sur un syntagme pronominal ou nominal : Il/le monsieur regarde la dame qui tricote.
un seul énoncé complexe avec enchâssements multiples plus ou moins importants: Il/le monsieur regarde la dame qui tricote en regardant le jardin (où il y a un ouvrier en train de travailler)
Ils peuvent être juxtaposés ou coordonnés: Il/Le monsieur i regarde la dame qui tricote...(et pi après) i va dans la cuisine parce que il a faim
Les différents énoncés juxtaposés ou coordonnés peuvent comporter plus ou moins d'enchâssements : Il/le monsieur i regarde la femme qui tricote en regardant la télé et pi après, eh ben, i va dans la cuisine parce qu'il veut manger le sandwich que sa femme lui a préparé.
Les enchâssements peuvent être effectués à droite du verbe (cas le plus courant) ou à gauche : Je vais au stade quand je m'ennuie/ Quand je m'ennuie, je vais au stade.
On pourra utiliser cette typologie pour évaluer la syntaxe des élèves.
Les tableaux suivants rendent compte des observations faites lors d'une recherche faite en 1986 dans des classes de l'école primaire et à l'entrée en sixième (cf. bibliographie donnée plus haut) Ces tableaux peuvent aider également à se rendre compte du contenu linguistique dominant des énoncés à des niveaux, pour des élèves différents, issus également de milieux divers. Il doivent être analysés, bien entendu, avec beaucoup de prudence, les résultats de cette enquête étant obtenus à partir de quelques classes seulement observées lors de séquences aux contenus et déroulements variés.
Rapport énoncés simples uniques/énoncés porteurs d'une addition (plusieurs énoncés simples juxtaposés, coordonnés ou comprenant un introducteur de complexité
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MS |
GS |
CP |
CE1 |
CM2 |
SEGPA |
6ème |
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Enoncés simples |
87% |
79% |
75% |
72% |
50% |
91% |
45% |
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Enoncés complexes |
13% |
21% |
25% |
28% |
50% |
9% |
55% |
Rapport énoncés simples/complexes en fonction du milieu scolaire
(évalué à partir de deux écoles, l'une en ZEP, l'autre dans un secteur hors ZEP)
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MS ZEP |
MS horsZEP |
CM2 ZEP |
CM2 hors ZEP |
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énoncés simples |
93% |
81% |
63% |
37% |
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énoncés complexes |
7% |
19% |
37% |
63% |
Evolution des % d'enchâssements constatés en moyenne (tous types confondus)
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MS |
GS |
CP |
CE1 |
CM2 |
SEGPA |
6ème (élève en difficulté) |
6ème (élève moyen) |
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13% |
21% |
25% |
28% |
50% |
15% |
28% |
53% |
Enoncés simples uniques
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|
MS |
GS |
CP |
CE1 |
CM2 |
SEGPA |
6ème |
|
Enoncés simples de base |
99% |
99% |
98% |
98% |
96% |
96% |
74% |
|
Déclarative simple |
1% |
1% |
2% |
2% |
4% |
4% |
16% |
Rapport énoncés juxtaposés ou coordonnés / Enoncés complexes à l'entrée en 6ème dans les énoncés comprenant des additions à l'énoncé simple de départ
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MS |
GS |
CP |
CE1 |
CM2 |
SEGPA |
6ème |
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Enoncés juxtaposés ou coordonnés au premier ne se traduisant pas par l'emploi d'introducteurs de complexité, |
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58% |
25% |
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Enoncés complexes (y compris ceux qui sont qui sont formulés de manière maladroite) |
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42% |
75% |