LA CONSCIENCE PHONIQUE

 

 

DEFINITION ET PRINCIPES GENERAUX

 

Préambule

Le texte ci-dessous, la typologie d'activités, ainsi que les fiches d'exercices proposées ici en exemple peuvent être utilisées librement par les collègues, à titre personnel et dans leur classe. Nous vous demandons simplement de nous faire part de vos remarques, critiques et suggestions d'améliorations par e-mail ou par courrier.

En revanche, des contacts ayant été pris avec certains éditeurs, toute publication, copie, utilisation publiques ou commerciales de la totalité ou de passages des pages web de la 3ème circonscription de Nouvelle-Calédonie consacrées à la conscience phonique devra recueillir préalablement mon autorisation.

 

 

INTRODUCTION

Depuis une dizaine d'années, des chercheurs en psychologie cognitive se sont intéressés à nouveau à l'une des compétences acquises par certains enfants de maternelle et susceptibles de favoriser l'entrée dans la lecture à 5 ou 6 ans: la capacité à reconnaître ou à créer des rimes, à jouer avec les sons de la langue, à isoler/identifier ces sons, etc…..

Ces chercheurs étaient au départ anglo-saxons, mais très rapidement des recherches ont été entreprises à ce sujet dans d'autres pays dont la France.

Le fait que les américains et les anglais aient été les premiers à redécouvrir les vertus de la phonologie peut surprendre:

Et pourtant, c'est précisément dans ces pays au départ et dans ce système linguistique où les correspondances grapho-phonémiques sont très peu pertinentes pour apprendre à déchiffrer, que les recherches ont montré en premier l'importance capitale de la capacité à découper la chaîne parlée en syllabes et en phonèmes. Les travaux de Bryant en particulier, ont montré:

Il serait donc dommage de ne pas tenir compte de ces travaux et de ne pas prévoir, à l'intérieur des progressions de maternelle, des activités proposées régulièrement et visant à l'acquisition de cette compétence.

Que l'on nous comprenne bien. Notre propos n'est pas de préconiser un retour aux méthodes traditionnelles et syllabiques de lecture ou d'entrer dans des débats largement dépassés ayant fait rage dans les années 80 . Si l'on ne peut adhérer entièrement aux thèses de Smith, et chez nous de chercheurs comme Foucambert , de mouvements comme l'AFL, cette école de pensée a mis en garde à juste titre contre des méthodes de lecture reposant uniquement sur l'acquisition des correspondances entre l'oral et l'écrit. On sait désormais, et ceci de manière irréversible, que la compétence de lecteur repose sur un faisceau de compétences et une capacité à mettre en œuvre des stratégies diverses et complémentaires pour construire le sens des textes. La conscience phonique, aussi importante fut-elle, ne saurait être considérée comme la seule ou la principale compétence à travailler. Elle ne doit pas être négligée, mais doit simplement prendre sa juste place à côté des autres activités suggérées par les programmes de maternelle: Initiation au monde de l'écrit, interprétation (questionnement) et découverte des spécificités de différents types d'écrits, écoute d'une grande variété de textes, production de textes en dictée à l'adulte, activités au coin lecture ou à la bibliothèque, premiers exercices d'écriture autonome par copie ou copie différée, interprétation de mots à partir de leur contexte, reconnaissance de mots, premières correspondances entre lettres et sons, etc….

Les activités proposées ici se distinguent également assez nettement d'exercices déjà connus, pratiqués largement dans le passé et qui étaient essentiellement centrés sur des préoccupations:

A notre avis, si l'enfant rencontre des difficultés à prononcer certains phonèmes ou à discriminer certains sons proches, son cas relève plutôt du maître spécialisé, du rééducateur ou de l'orthophoniste que du pédagogue.

De plus et sans sous-estimer les conséquences que peuvent avoir des problèmes phonétiques ou phonologiques, il nous semble que la compétence essentielle à construire est avant tout la capacité à prendre conscience des différents sons et syllabes utilisés dans la langue dans laquelle on apprend à lire. Cela est déjà très difficile avec des phonèmes faciles à prononcer ou ne pouvant être confondus avec d'autres. Dans un mot comme "lourd"([lur]) par exemple, dont aucun des phonèmes ne pose de problème de prononciation ou de discrimination avec des sons voisins, l'enfant doit progressivement prendre conscience de la présence de trois éléments distincts: [l], [u] et [r]. Il doit également être capable de les nommer et de situer leur ordre d'apparition dans la chaîne parlée et à terme de pouvoir reconstituer le mot à partir de ces sons isolés.

Ce type de compétence, qui constitue la conscience phonique à proprement parler, est l'objet de cet ouvrage, dont l'originalité, s'il en a une, réside sans doute:

Même si cela ne constitue pas un apport original par rapport à des ouvrages déjà publiés, que grâce aux fiches de travail représentant les mots sous forme d'images, une passation collective est possible, offrant la possibilité aux maîtres, après une phase d'entraînement oral, d'évaluer le niveau de conscience phonique atteint par chacun de ses élèves, et de pouvoir proposer des exercices différenciés en fonction des constats effectués. Cette évaluation formative peut constituer la base d'un travail de remédiation qui s'effectuera en complémentarité effective avec les interventions du Réseau d'aides.

Ajoutons enfin que les fiches de travail proposées dans ce site peuvent être utilisées en maternelle dans le cadre de la pédagogie de maîtrise, pratiquée par certains enseignants de la 3ème circonscription.

 

DEFINITIONS

LA CONSCIENCE PHONIQUE SE DISTINGUE DE LA PHONETIQUE OU DE LA PHONOLOGIE

On a vu dans l'introduction en quoi les activités permettant la construction de cette compétence se distinguaient de celles relevant de la phonologie ou de la phonétique. Le fait de mal prononcer certains sons ou de faire des confusions entre sourdes et sonores peut sans doute constituer un handicap supplémentaire pour l'entrée dans la lecture, qui doit être traité par des spécialistes.

En revanche, il n'est pas certain qu'une bonne articulation et une discrimination auditive sans faille soient des conditions nécessaires pour l'apprentissage de la lecture. Un enfant peut en effet être incapable de prononcer momentanément un son tout en ayant conscience de son défaut (le zézaiement par exemple) et en décelant cette même erreur chez un adulte qui la reproduit en se moquant de lui: "z'ai zeté la balle. - Ah tu as zeté la balle ? - Non, z'ai pas dit zeté, z'ai dit zeté !!!" . Cet enfant a bien conscience du phonème devant être prononcé, il apprendra à lire sans difficulté malgré son problème temporaire d'articulation.

De la même manière, un élève pourra prononcer "poule" au lieu de "boule" et cependant avoir conscience qu'on ne joue pas avec une "poule de pétanque" mais bien avec "une boule", l'orthographe l'aidant de toutes façons à distinguer entre les deux signifiés à l'écrit.

En tout cas, si l'articulation et la discrimination de sons proches sont des conditions nécessaires à l'entrée en lecture, elles ne sont certainement suffisantes.

 

ESSAI DE DEFINITION SOMMAIRE

Au delà des problèmes de prononciation ou de discrimination auditive, l'enfant, pour apprendre à lire dans notre système d'écriture, doit comprendre le fonctionnement de ce système, qui en grande partie code les sons de la langue parlée (80% de phonogrammes en français). Il lui faut donc prendre conscience que les mots qu'il entend sont composés d'éléments (syllabes, phonèmes) qui peuvent être isolés à l'oral, avant de découvrir que ces segments oraux sont représentés à l'écrit par des lettres ou suites de lettres et d'apprendre enfin les correspondances grapho-phonémiques en vigueur dans la langue. S'il n'est pas capable d'identifier les sons qui composent les mots (analyse), il ne pourra pas non plus combiner des syllabes ou des phonèmes pour reconstituer un mot à l'oral (synthèse). Il devra donc apprendre par cœur les sons obtenus par des combinaisons de lettres, un peu à la manière dont on apprend les tables de multiplication. Il sera de ce fait incapable de déduire lui-même le son produit par la combinaison de deux lettres déjà connues individuellement mais jamais rencontrées ensemble. Il aura déjà appris par exemple, que ba se prononce [ba], que po correspond à la syllabe [po], mais il ne saura prononcer la combinaison nouvelle bo.

Acquérir une bonne conscience phonique, c'est bien autre chose que les quelques activités auditives pratiquées au CP (bien trop rapidement et trop tard) avant l'introduction d'un nouveau son et du/des graphème(s) lui correspondant. Trop souvent en effet les élèves moyens et faibles, faute d'activités préalables en moyenne et grande section et proposées en complément de la progression phonologique du CP, se contentent de répéter le résultat de combinaisons de lettres sans comprendre. Ils n'ont pas acquis de compétence transférable à des situations nouvelles et vont surcharger leur mémoire car ne possédant pas ce que les auteurs anglo-saxons appellent le "cipher", la clé du code leur permettant de trouver, sans l'aide de l'adulte, comment se prononcent plusieurs sons (et donc les lettres leur correspondant) rencontrés associés ensemble pour la première fois.

La conscience phonique, cette clé donnant accès à toutes les combinaisons possibles de sons, cette compétence transférable à des situations nouvelles, ne s'acquiert donc pas (en tout cas pour un nombre significatif d'élèves !) par la présentation successive des phonèmes et graphèmes telle qu'elle se fait au CP. On peut même penser que pour certains, le caractère linéaire des progressions de CP (un son, un graphème chaque jour étudié et introduit séparément des autres) constitue un obstacle à cette acquisition.

Ce "cipher" se construira au contraire, en maternelle, en travaillant simultanément sur des sons divers, sans préoccupation d'exhaustivité. Les capacités acquises de manière intuitive sur quelques phonèmes seront ainsi transférées plus facilement à des situations nouvelles si les exercices donnés ne concernent pas l'identification d'un seul son, mais de syllabes ou de phonèmes divers.

Au CP , tous les élèves n'ayant pas encore acquis ce sésame ouvrant la porte à toutes les combinaisons possibles, il conviendra, en particulier avec les enfants en difficulté et parallèlement à la progression du manuel, trop linéaire, de continuer des activités de conscience phonique qui n'ont pas de rapport direct avec les sons étudiés dans la progression. Les acquis n'en seront que mieux transférables.

 

CONSCIENCE PHONIQUE, CONSCIENCE SYLLABIQUE, CONSCIENCE PHONEMIQUE :

Nous préférons le terme de conscience phonique à celui de conscience phonémique, utilisé par certains, dans la mesure où ce dernier est trop restrictif et fait référence aux seuls phonèmes.

Avant de pouvoir ultérieurement isoler chaque phonème d'un mot, les enfants peuvent apprendre à compter des syllabes, à repérer leur place dans les mots, à supprimer la première ou la dernière syllabe d'un mot, etc…

Il s'agit ici seulement de prise de conscience au niveau des syllabes. Il ne s'agit pas encore de conscience phonémique (capacité à isoler chaque phonème, à les supprimer, à repérer leur place dans les mots), stade que le futur lecteur doit atteindre pour posséder vraiment la clé de notre système d'écriture.

Un travail au niveau de la syllabe est cependant intéressant dans la mesure où il peut commencer dès la moyenne section et préparer l'identification plus fine (en grande section) de chaque son composant une syllabe ou un mot de plusieurs syllabes.

Employer le terme de conscience phonique n'est donc pas neutre. Il englobe les deux niveaux de prise de conscience (syllabique et phonémique) comme relevant d'une action pédagogique des maîtres. Certains auteurs, Ozoulias * par exemple, pensent que la prise de conscience du niveau de la syllabe est déterminant pour l'apprentissage de la lecture, les élèves n'étant pas capables, au début du CP, d'analyse et de synthèse de phonèmes. La décomposition de syllabes en phonèmes et la reconstitution de syllabes à partir de phonèmes ralentiraient même, selon lui, la reconnaissance globale de mots, et il suggère une identification globale des syllabes à l'oral et à l'écrit, sans décomposition en phonèmes.

Sans aller jusque là, il nous semble intéressant de bien distinguer deux types d'exercices, en proposant d'une part et dans un premier temps des activités portant sur des mots plurisyllabiques dans lesquelles le travail d'analyse se situera au niveau de la syllabe, d'autre part et ultérieurement des exercices dans lesquels on isolera les phonèmes de mots d'une seule syllabe ou ceux de plurisyllabes. C'est en tout cas le choix qui a été fait pour l'élaboration des fiches de travail conçues dans le cadre de cet ouvrage.

Je propose de ne pas commettre l'erreur que font beaucoup de méthodes et qui consiste à mélanger, dans les listes données, des mots à plusieurs syllabes et des mots à une seule syllabe, ceci pour plusieurs raisons :

De plus, et pour ce qui est du repérage de la place d'un son dans un mot, il ne suffit pas de constituer des listes homogènes pour éviter toute confusion entre le niveau de la syllabe et celui du phonème. Il convient également de clarifier la consigne en précisant si le son est à situer en fonction du nombre de syllabes ou en relation avec la quantité de phonèmes.

Prenons le cas de "chasseur" dans la liste homogène constituée de mots à plusieurs syllabes donnée ci-dessus en exemple. Si l'on demande de dire si le son [s] est situé dans la première ou la deuxième syllabe, il n'y a aucun problème de compréhension de la consigne. On travaille bien au niveau des syllabes, tant dans le choix de la série que dans la formulation de la consigne.

En revanche, si l'on demande de dire si le son situe au début, à la fin ou au milieu du mot, il peut y avoir une hésitation. La liste est bien constituée de plurisyllabes, mais la consigne ne précise pas si le travail à effectuer se situe au niveau de chaque syllabe ou de chaque son:

Supposons maintenant que l'on demande de trouver les mots qui commencent par le même son dans la liste suivante : savon, citron, sac, sabot, sable, table. La liste étant mixte à plus d'un titre, et la consigne ne se situant pas clairement au niveau de la syllabe ou du phonème, elle peut être comprise de plusieurs manières différentes:

On le voit, la distinction faite ici entre conscience "syllabique" d'une part, conscience "phonémique" d'autre part, les deux niveaux étant rassemblés sous le terme de "conscience phonique", n'est pas de pure forme. Elle a des conséquences pédagogiques très importantes, pour ce qui est de la conception des exercices, du choix des listes de mots, de la formulation des consignes, mais également en ce qui concerne l'élaboration de progressions et pour différencier les exercices donnés en fonction des groupes d'élèves de la classe.

D'une manière générale, les méthodes actuelles, faute de faire cette distinction, combinent les deux erreurs signalées (listes hétérogènes, consignes floues ne situant pas clairement le travail au niveau syllabique ou phonémique). Dans ces conditions les maîtres qui emploient ces exercices sans recul risquent très fort :

 

Précautions à prendre dans le choix des mot d'une liste

A titre d'exemple, voici une progression dans la difficulté que l'on peut adopter à propos des compétences suivantes : dire si des mots commencent/se terminent par/contiennent un son donné, repérer la place d'une syllabe/d'un son dans des mots:

=> château, cochon, poteau, bateau, lapin, balai….

=> chapeau, château, poteau, chameau, bateau, sirop…….. (grande section et CP)

=> château, cadeau, landau, poteau, bateau, rideau, râteau (opposition sourde sonore [t]/[d] fin de grande section, CP)

=> Choisir les mots commençant par le son [s] dans la liste suivante: sapin, lapin, citron, sortie, masseur, pinson…

=> Variante: Choisir les mots se terminant par le son [s] dans la même liste.

=> Dire si le son [s] se situe en début, milieu ou fin de mot (ou dans la première/dernière syllabe, syllabe du milieu si l'on veut être plus explicite) dans la même liste que plus haut à laquelle on pourra ajouter quelques mots de trois syllabes avec [s] dans celle du milieu: assommer, essorer………

=> Dire si des mots commencent par [s] à partir des listes suivantes:

* d'abord : sac, sol, bouche, selle, sœur. Dans cette première série, " bouche " se distingue de tous les autres mots par tous les sons.

* ensuite : sac, lac, sol, col, selle, pelle, sœur, beurre. Cette deuxième liste est plus difficile dans la mesure où sac/lac, sol/col, selle/pelle, sœur /beurre ne s'opposent que par le premier son.

* Variante: introduire dans la liste des mots qui ne commencent pas mais se terminent par le son.

=> Dire si les mots suivants se terminent par [s]:

* Pouce, classe, bosse, messe, monte, lance, vent….. Série facile: Les intrus sont très différents des autres.

* Pouce, rouge, mousse, bol, bosse, lance, range. Plus grande proximité des intrus avec les mots cible.

* Vache, cache, classe, bouche, mousse… Possibilité de confusion entre /ch/ et /s/.

* Classe, valse, ours, lourd, os…….. Problème supplémentaire: certains mots se terminent par deux consonnes, difficiles à isoler

* Variante: introduire des mots ne se terminant pas mais commençant par [s].

=> Dire si les mots contiennent le son : Un peu plus difficile car on ne dit pas où il se situe.

* Choisir des séries où tous les mots qui ne sont pas des intrus contiennent le son au début seulement, d'autres séries où le phonème, s'il est présent, est situé à la fin.

* Constituer la série de telle manière que les mots cible contiennent le son au début, à la fin ou au milieu: sac, as, os, sol, bol, lac, poste….. Dans ce cas l'enfant identifiera le son en début de mot, mais aura plus de difficulté à le faire si le phonème se trouve dans une autre position.

* Pour cette compétence également, on peut concevoir une progression dans la difficulté en combinant proximité plus ou moins grande des mots d'une part, homogénéité/hétérogénéité des listes quant à la position des sons dans les mots d'autre part.

=> Dire où se situe le son[s] dans un mot (début/milieu/fin):

* Sac, os, seau, sol, bosse, chasse…….. (fin ou début)

* Même liste, mais avec des mots contenant le son au milieu: piste, poste….

* Même série mais avec en plus des mots se terminant par deux consonnes et où le [s] est à la fin: sac, os, ours, poste, course, seau, chasse, sol, bosse, piste, classe, valse……

Remarque: Si on travaille à l'écrit, la place du son dans le mot pourra être représentée par un flèche sur laquelle on indiquera par un rond ou une croix où se situe le phonème: Sac par exemple, sera représenté par une flèche avec une croix ou un rond à gauche, Chasse ou bosse seront symbolisés par une flèche avec le rond ou la croix à droite, Piste ou poste enfin apparaîtront sous la forme d'une flèche avec la croix ou le rond au centre:

=> Repérer la place exacte du son[s] dans des mots:

* Le nombre de phonèmes est représenté par une quantité équivalente de ronds ou de croix, l'élève doit cocher le rond ou entourer la croix correspondant au son: Par exemple, l'image du mot sac sera suivie par trois ronds: ooo. L'enfant cochera le premier rond. Autre exemple, course sera représenté ainsi: o o o o. L'élève cochera le dernier rond. Dernier exemple enfin, piste sera représenté également par 4 éléments: o o o o, mais cette fois la croix se situera dans l'avant dernier rond ou le troisième à partir de la droite.

* L'enfant doit dessiner lui-même le nombre de phonèmes (ou les compter, ou frapper autant de fois qu'il y a de sons) puis situer le phonème cible dans le mot (en cochant le rond approprié ou en disant où il se situe dans le mot.)

On le voit, que ce soit au niveau de la syllabe ou du phonème, on peut, à condition de prendre conscience de la hiérarchie dans la difficulté qu'entraînent des modifications dans le choix des mots composant une série ou dans les consignes données, disposer d'une batterie infinie d'activités plus ou moins difficiles, à donner progressivement en fonction du moment de l'année/du cycle, ou à administrer à des groupes différents en même temps dans le cadre d'une pédagogie différenciée.

 

Suppressions de syllabes ou de sons

Les exercices décrits plus haut sont assez traditionnels et relativement bien connus des maîtres car présents dans diverses méthodes et manuels de CP et de maternelle. Ils sont cependant trop souvent conçus sans prendre les précautions énoncées plus haut quant à :

On peut bien entendu continuer à proposer ce type de travail à condition de ne pas commettre les erreurs qui ont été signalées plus haut, mais aussi en diversifiant les activités proposées et en incluant celles qui vont être présentées maintenant et qui consistent à supprimer/ ajouter, remplacer des syllabes ou des sons à la fin ou en début de mots, à combiner ensemble des syllabes ou des sons pour former des mots, etc……

L'approche habituelle consiste à donner des exemples de mots contenant le son à introduire : savon, sable, sabot, etc.... puis de demander si on entend le même son dans les mots prononcés. Dès qu'un élève a trouvé, on demande généralement d'autres exemples de mots contenant le son étudié (jeu du corbillon, intrus ou autre....) ou on continue l'énumération de mots en demandant si le phonème qui vient d'être identifié (par un ou quelques élèves seulement !) est présent dans les nouveaux exemples donnés. On fait éventuellement repérer la place du son (début, milieu, fin) dans une série de mots comprenant une ou plusieurs syllabes : salade, bosse, sac, assommer..... (erreur d'hétérogénéité des listes et de formulation de la consigne déjà évoquée à plusieurs reprises).

Cette approche convient aux très bons et à certains bons élèves, qui ont déjà acquis, de manière intuitive, une capacité à segmenter mentalement la chaîne parlée en mots et en syllabes (sabot => [sa]+[bo] ) et sont même capables d'analyser une syllabe en ses composants phonémiques : Sabot est décomposé en /s/ /a/ /b/ et /o/, lourd en /l/ /u/ et /r/.

Les autres élèves en revanche, ne peuvent procéder à cette analyse, entendent les mots et/ou les syllabes globalement. Ceux-là ne peuvent isoler [s] dans [si] et ne peuvent donc dire si l'on entend [s] dans "scie" ou dans "classe". D'autres, plus rares heureusement, ne peuvent même pas analyser un mot de plusieurs syllabes en ses constituants syllabiques. Ils entendent "sabot" globalement et ne peuvent le segmenter en /sa/ /bo/.

Dans l'approche traditionnelle, on ne fait rien pour ces élèves. On se contente de répéter à l'identique, les jeux de corbillon ou d'intrus à propos d'autres sons en espérant que la multiplication d'activités semblables appliquées à d'autres éléments sonores suffira pour acquérir progressivement cette compétence à segmenter l'oral. Et cela marche effectivement dans un nombre significatif de cas.

Mais que fait-on pour ceux qui continuent par exemple à entendre [p] dans "savon", ou qui produisent des réponses au hasard et visiblement sans comprendre ce que l'on attend d'eux, ceci parfois jusqu'au CP ?

Ils sont parfois dirigés vers le maître E ou l'orthophoniste car les instituteurs sont démunis face à ce type d'échec, alors que d'autres activités, pratiquées régulièrement et systématiquement dans le de la classe et insérées de manière structurée dans la progression pédagogique de la maternelle pourraient contribuer à débloquer certaines situations qui semblent désespérées.

La recherche a montré que la réussite à des tâches de segmentation (donc d'analyse) de la chaîne parlée en syllabes, mais surtout en phonèmes augurait bien d'une bonne réussite dans l'apprentissage ultérieur de la lecture.

Le bon sens pédagogique pouvait d'ailleurs laisser pressentir ce qui a été confirmé par des travaux scientifiques: pour isoler un élément dans un ensemble, il faut être capable de décomposer cet ensemble en ses parties. Pour le cas qui nous intéresse, on peut donc faire les propositions suivantes:

 

Exemple de progression dans la difficulté que l'on peut proposer pour les exercices de segmentation (ou d'analyse):

=> mot, loupe, riz, bas : loupe, riz et bas diffèrent de "mot" par tous leurs éléments.

=> mot, seau, chaud, pot, dos. Un seul trait pertinent distingue les différents exemples de "mot"

=> vache, homme, toit, bus (série facile, mots de la liste très différents les uns des autres)

=> pomme, gomme, homme, somme (série plus difficile, mots très proches)

=> Mots commençant par deux consonnes, dans lesquels le premier phonème est plus difficile à isoler que dans ceux commençant par une seule consonne. Les enfants entendent en effet un seul phonème dans [kl], ou [tr]. Listes possibles si l'on demande de supprimer le premier son (phonème) dans clou :

- Il reste: rat, fort, lit, loup ? (tous les éléments sont distincts, liste facile)

- Il reste: mouche, coupe, loup ? (mouche et coupe contiennent [u] comme loup mais se distinguent de lui par deux traits pertinents).

- Il reste: roue, fou, loup (un seul trait permet de discriminer les exemples donnés).

 

Synthèse de syllabes ou de sons

REMPLACEMENT/ SUBSTITUTION/ AJOUT/INVERSION DE SYLLABES OU DE SONS

Parallèlement aux activités d'analyse (segmentation) de la chaîne parlée, la recherche s'est également beaucoup intéressée récemment aux différentes opérations consistant à reconstituer des mots à partir de syllabes ou de phonèmes. La réussite à de telles activités avant l'entrée au CP est également très corrélée avec une bonne entrée dans la lecture. En fait, certains chercheurs pensent que la seule capacité à segmenter ne suffit pas et qu'elle doit être accompagnée d'une compétence de synthèse pour devenir lecteur. Comme pour la segmentation, il est établi que cette compétence peut être accélérée par un entraînement systématique en maternelle, et que cet entraînement précoce a des effets positifs sur les performances futures de ceux des apprenants qui n'ont pas encore acquis spontanément cette capacité synthétique lorsqu'il ont été testés en grande section.

Là aussi le bon sens pédagogique pouvait prévoir de telles conclusions. Pour apprendre à lire en effet, les enfants doivent induire eux-mêmes comment les divers sons se combinent plutôt qu'apprendre isolément, sans comprendre et par cœur, chaque combinaison de phonèmes.

La conscience phonique, on l'a vu, est une compétence qui doit être transférable à des situations nouvelles pour être vraiment efficace.

On doit comprendre par exemple (et non apprendre en surchargeant inutilement sa mémoire !) que si on remplace le premier son de " lac " par [s] on obtiendra " sac ". Pour ce faire, il est nécessaire de segmenter lac et sac en éléments simples, mais cela ne suffit pas. Il faut également pouvoir associer ces éléments simples dans des combinaisons nouvelles, jamais rencontrées avant. L'élève qui obtient [sak] à partir de [lak] en remplaçant [l] par [s], n'a peut-être jamais prononcé ce mot avant, mais il le déduit en combinant les deux derniers phonèmes de lac ([ak]) et le premier son d'un autre mot connu: ([s]) de seau.

Si un enfant ne peut effectuer cette opération de lui-même, ce qui nous semble si évident à nous autres adultes, il est inutile de faire répéter des séries (s a => sa, s i => si, etc...) comme une table de multiplication. Il vaut mieux dans ce cas avoir recours à un faisceau d'activités dont la psychologie cognitive a établi qu'elles favorisaient l'émergence de la compétence de synthèse et l'apprentissage de la lecture :

 

TYPOLOGIE D'ACTIVITES POUVANT ETRE PROPOSEES PAR ORDRE (indicatif et non contraignant ) DE DIFFICULTE:

La typologie complète accompagnée des fiches de travail est donnée sur une autre page

Pour obtenir cette typologie, cliquer ici : Progression et fiches

Toutes les activités ne présentent pas le même niveau de difficulté. Il convient de ne pas les présenter dans n'importe quel ordre, à n'importe quel moment du cycle, ou de bien identifier leur hiérarchie dans le cadre d'exercices différenciés à donner en même temps à des groupes de besoins différents

Voici à titre indicatif une typologie possible d'activités, classées en fonction de la réussite ou des échecs d'enfants d'âge différents à des batteries de tests ou épreuves donnés dans différents pays, classées également en fonction d'observations faites dans des classes et des principes qui ont été énoncés dans les pages précédentes. Attention, il ne s'agit pas d'une progression linéaire. Certaines activités peuvent à l'usage s'avérer être d'une difficulté égale ou ne pas devoir être proposées exactement selon la hiérarchie suivante.

Les maîtres soucieux d'élaborer une progression annuelle ou pluriannuelle peuvent retenir les principes suivants:

Remarque importante: Les fiches de travail sont en général composées avec des listes de mots assez semblables sur le plan phonétique, donc assez difficiles. Il appartiendra donc aux maîtres de constituer éventuellement, en fonction des groupes d'élèves de la classe, des séries plus faciles à discriminer, en introduisant, à côté du mot à trouver après transformation, d'autres exemples que ceux figurant dans la fiche, ceci en suivant les conseils donnés dans les chapitres précédents.

 

Remarques:

La typologie donnée en cliquant sur le lien ci-dessus présente les activités par ordre croissant de difficulté, mais ceci de manière indicative. Il appartient bien entendu aux maîtres de vérifier si tel exercice est effectivement plus difficile qu'un autre avant de construire une progression adaptée à leurs élèves . Il semble cependant à peu près établi :

Mais encore une fois, tout dépend des élèves que l'on a en face de soi !

Rappelons qu'à l'intérieur de chacune des activités mentionnées dans la typologie, les maîtres peuvent créer des degrés de difficulté variés en jouant sur la composition des listes (mots plus ou moins proches les uns des autres: voir les exemples donnés à ce sujet.)

 

CONSCIENCE PHONIQUE ET COMBINATOIRE AU CP

Les activités de conscience phonique sont des activités orales, déconnectées de l'apprentissage de la correspondance entre les lettres et les sons. On remarquera que ces fiches ne comprennent pas l'écriture des mots formant les séries à discriminer, car, encore une fois, c'est la conscience phonique qui est visée ici dans un premier temps, et non la correspondance entre les sons et les lettres, qui doit être travaillée, bien sûr, mais de manière non simultanée si l'on veut que les élèves acquièrent une attitude d'analyse et de synthèse de la chaîne parlée, transférable à toutes les combinaisons de sons possible, leur permettant ainsi d'induire toutes les combinaisons orales et écrites possibles au lieu d'apprendre isolément chaque correspondance entre les lettres et les sons dans le seul cadre d'une progression linéaire de CP..

Même lorsque l'on souhaite, dans le cadre de la progression de lecture au CP, commencer la présentation d'un son et de graphèmes particuliers par une phase orale, on aura intérêt, en tous cas pour les plus faibles:

Une série de fiches concerne exclusivement le son [s]. Elles ne sont qu'un exemple de démarche à suivre lorsque l'on souhaite introduire très progressivement un phonème nouveau en début d'année au CP ou avec des élèves faibles en cours d'année. En maternelle et même avec des enfants de cours préparatoire en difficulté, cette façon de procéder, consistant à présenter successivement et séparément un seul son à la fois risque également d'empêcher les apprenants de transférer à d'autres sons la méthode d'analyse qu'ils ont acquise à propos de celui qui vient d'être étudié dans le cadre d'une progression linéaire. Il convient donc :

De toute évidence, les élèves en grande difficulté au CP auront besoin de plus d'activités les aidant à prendre conscience des différents sons de la langue que leurs pairs. Il y aura donc intérêt à différer la phase écrite avec eux, voire à adopter, en leur direction, une progression différente, en se disant qu'il vaut mieux, dans un premier temps, acquérir une démarche d'analyse et de synthèse des sons à partir de quelques phonèmes seulement, sans souci de suivre la progression des autres, mais en multipliant les activités de suppression, d'ajout, de remplacement de syllabes et de sons à l'oral, en ne travaillant que peu la correspondance entre l'écrit et l'oral dans un premier temps. Cette approche plus souple présente l'avantage d'être centrée sur les besoins des enfants, en ne les plaçant pas prématurément dans une situation d'échec, en espérant que les bonnes bases en conscience phonique construites par les apprenants eux-mêmes à partir d'un nombre réduit de sons simples bien choisis permettront un rythme d'acquisition plus rapide des phonèmes plus complexes par la suite. Je rappelle que les cycles ont été institués précisément pour s'adapter aux capacités de tous.

 

CONSEILS GENERAUX POUR UTILISER LES FICHES DE TRAVAIL

 

BIBLIOGRAPHIE 

Les activités consistant à compter les syllabes/sons, à repérer la place des syllabes/sons, à trouver les mots contenant la même syllabe/ le même son, les mots qui riment, les jeux d'intrus, du corbillon..... sont en général bien identifiées par les maîtres et on peut en trouver dans les diverses méthodes de lecture. Ils sont également présents dans divers fichiers d'élèves existant pour le cycle des apprentissage fondamentaux. Pour ce type d'activités, on pourra utiliser les ouvrages suivants, en faisant cependant attention aux conseils donnés plus haut quant à la constitution de séries homogènes ne comportant que des mots à une syllabe d'une part, à plusieurs syllabes d'autre part, ce que ne font pas toujours ces documents :

 

OUVRAGES THEORIQUES

Si l'on s'intéresse aux travaux de recherche qui ont inspiré ma démarche d'élaboration des fiches, on lira avec profit : "L'apprenti lecteur, recherches empiriques et implications pédagogiques", ouvrage collectif sous la direction de L.Rieben et Ch. Perfetti, chez Delachaux et Niestlé.

Ce livre rassemble des traductions d'articles publiés par divers chercheurs universitaires dans différents pays.

Parmi les auteurs très importants dont les articles figurent dans l'ouvrage :

Citons enfin deux auteurs non traduits dans l'ouvrage, mais abondamment cités dans presque tous les articles de l'ouvrage en question, en raison de leurs fameuses expériences de 1983 : Bradley & Bryant, "Categorizing sounds and learning to read, a causal connection", "Children's reading problems"

Ces deux expériences révèlent en effet :

 

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